Thomas Pesquet accompagné de son collègue astronaute Shane Kimbrough a réalisé hier avec succès sa deuxième sortie extravéhiculaire en l’espace de quelques jours.

Cette mission qui sera complétée par une troisième sortie prévue vendredi prochain vise à l’installation de nouveaux panneaux solaires pour augmenter la capacité de production d’énergie de l’ISS.

Thomas a ainsi passé 6h28 dans le vide spatial dimanche et 7H15 mercredi.

Si cette seconde sortie s’est passée pour le mieux, la sortie de mercredi, en revanche, a été pour le moins agitée.

« Vous avez fait un travail fantastique aujourd’hui, c’était une sortie extra véhiculaire compliquée » Jenni Sidey, responsable de la Nasa de permanence ce jour-là.

De fait mercredi, les deux astronautes ont été confrontés à un problème technique 3h après le début de leur mission. Les équipes de la Nasa ont ainsi observé une interruption dans la transmission des données permettant de contrôler l’état du scaphandre de l’américain ainsi qu’un soudain pic de la pression de son système de refroidissement.

Un pic de pression…rien que cela !

Quand on sait que les températures à l’extérieur oscillent entre +121° et -157° ;

Quand on sait que ce système est fondamental pour maintenir en vie l’astronaute, on peut imaginer que ce type de problème ne soit pas pris à la légère.

D’ailleurs si cette scène avait été extraite d’un film hollywoodien, nous aurions assurément eu droit à une mise en scène efficace : musique stressante, gros plan sur les astronautes en sueurs, les gouttes ruisselantes sur leurs visages, des responsables de la Nasa qui crient des consignent à leurs équipes et des collaborateurs qui courent sans trop que l’on sache pourquoi.

Bref Hollywood saurait se saisir d’un tel scénario pour en faire un moment d’émotion intense.

Dans la réalité pour autant, aucune émotion n’était visible…ni chez les astronautes, ni chez les équipes au sol.

Quand le problème a été détecté, chacun a rigoureusement appliqué les consignes de sécurité prévues en pareil cas. Shane Kimbrough, en particulier, a simplement rejoint le sas et opéré une réinitialisation de sa combinaison (une procédure pas si simple par ailleurs) ; Thomas Pesquet quant à lui a patiemment attendu son partenaire accroché par les pieds à un bras robotique à 400km d’altitude dans le vide spatial…pendant près d’1h ! Il ne lui manquait que le journal l’Equipe à lire à bout de bras.

Ce que l’on retiendra de cette sortie, finalement inachevée et compliquée, c’est l’extraordinaire sang-froid dont chacun a su faire preuve.

Un sang-froid qui ne tient en rien au hasard.

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Kimbrough içi lors de son premier vol à bord de la navette Endeavour en 2008 – Nasa 2008.

Alors certes oui, les hommes et les femmes qui participent au programme spatial n’ont rien d’ordinaire : intellectuellement brillants, ils sont aussi sélectionnés pour leur stabilité psychologique et leur capacité à gérer leurs émotions. Pour autant, au-delà de leur capacités, un autre point est déterminant dans leur réussite : leur préparation.

Chaque astronaute, Thomas, comme les autres, a ainsi passé plusieurs centaines d’heures en piscine à répéter inlassablement les gestes plus simples, déterminants à la réussite de leur mission. Que ce soit comment ranger un outil précisément, ou quelle succession de gestes opérer en cas de problème de sécurité comme celui qu’a pu vivre Shane Kimbrough.

Des gestes simples, élémentaires, qui mis bout à bout n’alimentent pas uniquement la compétence des astronautes : ils permettent aussi de maintenir la concentration de tous dans l’action et en particulier quand un enjeu important se présente.

Il est ainsi probable que les deux astronautes, face au problème rencontré, aient ressenti de la peur pour leur vie ou du stress face à l’échec potentiel de leur mission, mais, si tant est que cette émotion ait réellement fait surface, elle s’est très vite muée en une incroyable concentration dans l’action, une concentration dans la succession des gestes déterminants à opérer à l’instant T.

Une capacité de concentration dans l’action éminemment plus efficace que la pression d’enjeu, qui à l’opposé peut déstabiliser et faire commettre des erreurs !

Une concentration dans l’action possible grâce à l’inlassable travail de préparation et de répétition qui se cache toujours, assurément, derrière chaque performance exceptionnelle.

Et vous, comment réagissez-vous en cas de situation à fort enjeu ?

Comment vous y préparez-vous ?

Quand un de vos enfants se blesse après une chute sans que vous soyez en mesure d’en apprécier la gravité ?

Quand, au travail, les sollicitations et les problèmes critiques convergent soudainement ?

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Thomas Pesquet, içi en plein entrainement dans une des piscines de la NASA I NASA2019